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Affiche de l'exposition, graphisme: Marion Sarrazin




Vues de l'exposition, photos: Benoît Mauras


Exposition monographique d'Éléonore Saintagnan à La Criée, Centre d'art contemporain de Rennes, du 14 décembre 2019 au 23 février 2020. Commissariat de Sophie Kaplan.
L'œuf pondu deux fois / The Egg Layed Twice
FR Intitulée L’Œuf pondu deux fois, l’exposition d’Éléonore Saintagnan à La Criée centre d’art contemporain rassemble une sélection de films, présentés dans des cabanes construites à partir de techniques et de matériaux glanés aux alentours. Des objets, jeux et poteries fabriqués par l’artiste, complètent cet ensemble.

Le titre de l’exposition est emprunté à un roman de Richard Brautigan dans lequel l’écrivain dresse une liste de livres jamais publiés, que le personnage principal recueille dans une bibliothèque dont il est le gardien*. L’Œuf pondu deux fois, est l’un de ces livres. Pour Béatrice Quinn Porter, son auteure, « [il est] la quintessence de toute la sagesse et la philosophie qu’elle [a] acquises en vingt-six ans passés à s’occuper d’un élevage de poules, à San José »*. Éléonore Saintagnan avait déjà utilisé le titre d’un des livres imaginaires de ce roman pour sa première exposition monographique, Dieu et la Stéréo. Selon elle, les personnages de ses films sont un peu comme les auteurs de ces livres non publiés.

L’artiste s’est d’abord fait connaître par ses films. Fruits d’un long travail de terrain et d’un art de la rencontre et du partage, ceux-ci imbriquent avec humour et sagacité réalité et fiction, conte et ethnographie, communautés et individus. S’y déroulent des micro-histoires, bien réelles bien que souvent fantaisistes (Les Malchanceux, La grande nouvelle) ou librement inspirées de la réalité (Une fille de Ouessant, Les petites personnes), qui font écho à la grande Histoire. Elle y développe un goût pour l’absurde, mêlé à des saillies d’humour et de dérision, ainsi qu’une tendresse furtivement mélancolique, souvent liée à l’enfance.

Ce goût pour l’absurde, doublé d’un intérêt nouveau pour l’artisanat, se retrouve dans ses objets. Ainsi, elle présente pour la première fois un ensemble de pots qui ont formes de visages et dont les motifs empruntent aux vocabulaires à la fois moderniste et primitiviste, qu’elle métisse avec humour, voire insolence, et élégance. Un tapis de jeu, confectionné par l’artiste en Asie à partir de costumes traditionnels coréens et japonais, permet aux visiteurs d’expérimenter et de réapprendre des jeux folkloriques oubliés.

Une autre expérience proposée aux visiteur·se·s – des cabanes dans lesquelles il faut grimper et s’installer pour regarder les films –, donne à l’exposition un air de campement néolithique et/ou utopique. On retrouve dans ces constructions la volonté de l’artiste de faire avec les mains, mais aussi son art de la rencontre, puisqu’elle a imaginé et réalisé ces cabanes en étroite collaboration avec l’équipe technique de La Criée, des stagiaires et des artisans locaux.

Les œuvres de l’exposition d’Éléonore Saintagnan L’Œuf pondu deux fois sont comme les différentes portes d’entrée ou chapitres d’un récit plurimédia et pluridimensionnel, qui se regarde et s’écoute autant qu’il se pratique. Ce récit serait celui d’une bibliothécaire attachée à nous faire connaître des histoires inconnues, minorées et pourtant riches, épaisses et parfois miraculeuses.


Sophie Kaplan





EN Titled L'œuf pondu deux fois/The Egg Layed Twice, Éléonore Saintagnan's exhibition at La Criée Centre for Contemporary Art brings together a selection of films presented in tree houses put together using techniques and materials salvaged locally. The assemblage is rounded off with miscellaneous objects, games and ceramics made by the artist.

The exhibition borrows its title from Richard Brautigan's novel The Abortion, with its list of imaginary, unpublished books collected by the main character in the library he manages. The Egg Layed Twice is one of those books, and for its author Béatrice Quinn Porter it "summed up the wisdom she had found while living twenty-six years on a chicken ranch in San José." Saintagnan had already used the title of one of the books from Brautigan's list for her first monographic exhibition, The Stereo and God. As she sees it, the characters in her films are a little like these unpublished authors.

It was her films that first gained Saintagnan critical attention. Products of long-term work in the field and of her gift for interaction and mutual understanding, they offer a wittily sagacious interlocking of reality and fiction, fable and ethnography, the communal and the individual.

Their micro-stories are often a historically-inflected mix of the real and the far-fetched (Les Malchanceux, La grande nouvelle), or free improvisations on reality (La fille d'Ouessant, Les petites personnes).. In them she cultivates a taste for the absurd spiced with jokes, mockery and a furtively melancholic tenderness often tied to childhood.

Accompanied by a new interest in the crafts, this taste for the absurd reappears in her objects. The exhibition features for the first time a group of face-like pottery pieces whose simultaneously modernist/primitivist decorative vocabulary is handled with drollery and even a cheeky elegance. Meanwhile a game mat made by the artist in Asia from traditional Korean and Japanese costumes offers visitors the chance to try out or re-learn forgotten folk games.

Another experience – tree houses visitors can climb into to watch Saintagnan's films – gives the exhibition the feel of a Neolithic or utopian campsite. These structures betray the artist's urge to "work with her hands" – but also her skill at bringing people together: these huts were designed and made in close collaboration with the La Criée technical team, art centre interns and local tradesmen.

The works in Éléonore Saintagnan's The Egg Layed Twice are like different entrances or chapters of a multimedia, multidimensional narrative to be watched and listened to as much as much as taken part in. This could be the tale of a librarian bent on acquainting us with unknown or undervalued stories that are nonetheless rewarding, depthful and sometimes miraculous.


Sophie Kaplan.